Présentation

Valoriser les matériaux rares
  pour accompagner les métiers rares


Les artisans :
  un enseignement magnifique


Les Grands Ateliers,
  une histoire de coeur


Au service de l'objet

Une nouvelle aventure

Matériaux interdits ?
  Non. Réglementés !


Célébrer la vie
  dans ce qu'elle a de meilleur


La scénographie: des tiroirs à secrets

Les Grands Ateliers:
  la rigueur de l'exigence


Pour en savoir plus...

 

 

Le bel artisanat est ma passion, dans ce qu'il a de plus noble, de plus achevé, qu'il soit ancré dans le contemporain ou qu'il s'attache au passé. En créant la Fondation " Maurice et Noémie Fondation pour l'Art ", ma famille a voulu associer mécénat et artisanat dans ce clin d'œil à mon grand-père et à sa recherche de la perfection dans l'harmonie.

Des deux expéditions qu'à l'âge de dix-huit ans, il a effectuées avec des scientifiques en Afrique, ont résulté les découvertes et les classements de plusieurs espèces jusque-là inconnues (des insectes, mais aussi la girafe Rothschild...). Ainsi que des séquelles qui ont affecté sa santé toute sa vie. Il n'en parlait jamais. S'investir à fond dans une mission, aller au bout de sa recherche, en supporter les conséquences, font partie des valeurs auxquelles notre famille est attachée. Avec le respect de l'autre et de son savoir-faire. Et le travail personnalisé, soigné, effectué dans la discrétion, de préférence au gigantisme, source de banalisation. Une philosophie qui n'est pas si loin de l'esprit de l'artisan...

Nous avons restauré le manège de Pregny pour redonner vie à cette structure particulière, légère dans ses lignes, protectrice dans ses formes, audacieuse sur le plan architectural. Nous l'avons restaurée en y faisant cohabiter, dans un même souci de qualité, le respect de ce qui était et la modernité de ce que nous y ajoutons. Nous avons redécouvert sa convivialité et découvert une acoustique ignorée. Le cadre répond bien à la vocation culturelle que nous lui destinons...

Nous l'inaugurons avec une exposition des Grands Ateliers de France. Parce que les artisans vivent leur métier avec une passion qui va, au-delà du travail en lui-même, au matériau travaillé, à l'objet confié ou né de leurs mains, à la culture de leur métier. Parce que cette Association a pour gage de qualité cette sélection qu'ils s'imposent entre artisans, à cœur ouvert mais à vote secret : qui d'entre eux peut se permettre de décevoir les autres ?

Parce qu'ils placent l'éthique sur le même plan que la qualité. Ethique face à l'objet, face au client, face aux confrères, face aux marchands, ce qui ne leur vaut pas que des amitiés. De surcroît, ces valeurs innées chez eux s'opposent de façon flagrante à la production de masse où les autorités de contrôle ont forcé l'implantation de comités d'éthique. Le profit immédiat, souvent dicté par une vision perverse des systèmes de rémunération basés sur la performance à court terme, est sans scrupule.

Chez chacun d'eux il y a, profilé en arrière-plan, le souci de l'avenir. Cet avenir toujours en point d'interrogation chez les artisans : de quoi sera fait demain ? Il y a le souci du client qui va ou non pousser la porte de l'atelier - ce client que l'on n'a pas appris à aller chercher, car l'apprentissage des tours de main était autrement plus important.

Il s'y ajoute depuis quelques années l'angoisse de l'approvisionnement en matériaux - et en matériaux de qualité. Ivoire d'éléphant, écaille de tortue marine, palissandre de Rio, acajous et autres bois des îles sont sous haute surveillance dans le monde. Une surveillance qui se veut protection. De toute bonne foi. Avec parfois, sur le plan local, des effets pervers, imprévus évidemment. L'interdiction du commerce international des stocks récents de ces matériaux réglementés a bouleversé des équilibres économiques fragiles. En dévalorisant à l'extérieur du pays ses matières premières, elle les condamne plus sûrement que des échanges contrôlés (car un pourcentage du chiffre d'affaires peut alors être consacré au développement durable des espèces menacées).

On a abouti en Amérique latine à l'arrachage de plantations de palissandres de Rio que leurs propriétaires remplacent par des bois pour les industries, papetières en particulier. A Madagascar, à l'abandon sur les plages de carcasses de tortues 'caret' devenues inutiles une fois leur chair mangée... tandis qu'à peine un pour mille des bébés nés des œufs pondus sur le sable atteint la mer après avoir échappé aux divers prédateurs terrestres - encore heureux que l'espèce soit extraordinairement prolifique !

Quant à l'éléphant, dans les régions d'Afrique où son développement a pris des proportions au-delà de toute attente, il se retrouve en conflit avec les populations locales. Comme le loup dans les régions françaises où il a été réintroduit... A ceci près qu'en Afrique il y a lutte pour la vie : herbivore, l'éléphant détruit les nourritures des autres espèces (dans les réserves du Botswana), et les cultures des hommes. Ces cultures qui restreignent de plus en plus son espace vital pour répondre aux besoins croissants d'une population en augmentation exponentielle. En Afrique du Sud, on a même fait des essais de stérilisation des éléphantes dans le Parc National...

En face, pendant ce temps, les métiers qui utilisent les matériaux issus de la faune et de la flore voient cette matière première aller à vau-l'eau alors qu'ils en ont besoin, et que ce besoin va s'accentuer au fur et à mesure que leurs stocks vont s'amenuiser - ivoiriers, écaillistes, tabletiers, couteliers, ébénistes et ébénistes restaurateurs, luthiers et archetiers, gainiers, selliers, maroquiniers... Les amateurs et les collectionneurs d'objets d'art vont être directement concernés. Sinon aujourd'hui, du moins demain. Tandis que les stocks confisqués sont laissés à pourrir.

Le patrimoine culturel, lui, est de plus en plus valorisé. L'Unesco inscrit des sites au Patrimoine mondial. Les objets d'art et le mobilier de collection atteignent des cotes incroyables.

Oui, mais cette valeur n'est pas immuable. Pour la conserver, l'œuvre a besoin d'être entretenue, surveillée, restaurée si besoin est. Le site existe, mais les carrières de pierre, de marbres, de pigments etc. dont il est constitué, sont épuisées, ou abandonnées faute d'être rentables... Tout objet, tout meuble a sa vie propre. Les matériaux précieux dont il est composé deviennent inaccessibles. Et s'ils disparaissent de notre univers, le savoir des hommes qui en ont la culture et qui en connaissent tous les aspects, qui savent les choisir et les travailler, va se raréfier, pour ne pas dire disparaître.

Où en serons-nous dans une vingtaine d'années ? Le Cabinet de Curiosités qu'ont rassemblées les Grands Ateliers dit l'extraordinaire richesse de leur savoir-faire, le champ couvert par ces métiers, où les chaînons déjà manquants sont pour l'instant compensés par les artisans du même domaine, mais pour combien de temps ? La plupart des membres des Grands Ateliers sont jeunes : la relève est là, forte de son enthousiasme, mais faible de ce futur qu'elle doit affronter.

C'est à nous, amateurs d'objets d'art, auteurs et/ou héritiers de collections que nous avons été heureux de constituer et de compléter, d'en être fiers à l'heure où nous les transmettrons. C'est à nous, par le soin que nous portons à ces objets, de relancer les créations, de revaloriser ces matériaux précieux, si précieux, pour les protéger à long terme. Pour que le rêve perdure.

Lorsque je regarde ce " Cabinet des Curiosités ", mon émerveillement est infini face à une telle maîtrise de l'esprit et du geste...

Baron Benjamin de Rothschild

Rare specialties demand
rare materials

Beautiful craftsmanship, contemporary or past, is my passion. My family created the Maurice et Notmie de Rothschild Fondation pour l'Art with a view to assodating artistic patronage and craftsmanship in recognition of my grandfather's search for perfection in harmony. At the age of eighteen, he made two scientific expeditions to Africa which resulted in discoveries of species unknown until then. The sequelae affected his health the rest of his life but he never complained. Devoting oneself to a job, working carefully and discreetly are values to which my family adheres. They are not far from those of the artisan.
The artisans of Les Grands Ateliers de France are concerned about the future. About the customer who might or might not push open the doors of their ateliers. And increasingly, they are deeply disturbed about diminishing supplies of rare materials - elephant ivory, marine tortoise shell, Rio rosewood, exotic mahogany, all strictly controlled internationally. Every beautiful art object has its own life. The materials of which they are composed are becoming inaccessible. And if they disappear the artisan's expertise will become increasingly rare, indeed it may disappear. Where will we be twenty years from now ? Most members of Les Grands Ateliers are young. Their enthusiasm is strong, but the future they must confront is weak.
It is up to us - those who love beautiful art objects - to conserve these objects proudly, carefully, to encourage new creations, to give new and full value to valuable materials. To protect them for the future. And thus to preserve the dream. When I look at this Cabinet des Curiosités, I stand in total and infinite awe for such a formidable mastery of the mind and the hand.

Baron Benjamin de Rothschild